Questions d’eau
La cosmétologie appliquée à l’animal, ou zoo cosmétologie ne peut s’envisager sans une certaine maîtrise de la qualité de l’eau utilisée.
Tordons tout de suite le cou à une idée largement répandue sur la nécessité d’utiliser pour les chiens des produits dont le Ph serait déterminé : le Ph des produits n’a strictement aucun effet sur peaux et pelages, puisque ce qui compte finalement, ce n’est pas le Ph des produits, mais le Ph des mélanges appliqués réellement sur les animaux, qui peut s’exprimer de la façon suivante :
Phfinal = (Ph produit x Volume produit + Ph eau x Volume eau) / (Volume produit + Volume eau)
Comme le volume du produit est toujours négligeable par rapport au volume d’eau, on constate que la formule s’écrit en réalité : Phfinal = Ph eau
Notons de plus qu’il n’a en réalité jamais été démontré par personne quelque nocivité que ce soit de l’utilisation d’un Ph quelconque, et c’est finalement fort heureux, car les moyens de contrôler efficacement le Ph de l’eau utilsée pour les bains seraient tout, sauf économiques.
Le seul intérêt de cette « croyance » largement entretenue est son éventuelle utilité marketing, mais laissons à chacun le choix de décider de l’opportunité ou non de mettre en avant des arguments marketing dont il est évident qu’ils sont faux, parce qu’ils seraient efficaces.
On sait en réalité depuis longtemps (de nombreux travaux notamment américains l’ont démontré depuis au moins vingt ans) que si le Ph peut être oublié, il en va tout autrement d’une autre caractéristique de l’eau mise en œuvre : sa dureté ; une eau dure se montre l’adversaire irréductible de toute zoocosmétologie de qualité.
Il existe au moins deux moyens de réduire la dureté de l’eau : la première consiste à passer par un adoucisseur, la seconde par un osmoseur. Le résultats les plus sûrs combineront une eau adoucie pour les bains et shampooings, avec une eau rigoureusement osmosée pour les rinçages. Certaines études donnent à penser qu’un rinçage final à l’eau osmosée permet de faire l’économie d’un passage par eau adoucie.
Quoiqu’il en soit, l’utilisation d’une eau osmosée dans des conditions professionnelles doit être soigneusement organisée ; si la production d’une telle eau n’est plus aujourd’hui un problème, il faut pouvoir organiser son stockage, et, au moins pendant les saisons froides, son réchauffage, ce qui n’est pas toujours évident. (Le secrétariat de l’organisation professionnelle pourra, le cas échéant, vous donner les adresses d’installations existant à ce jour.)
Questions d’air : l’air ambiant
Après l’eau, c’est l’air ambiant et le maintien de sa qualité qui doit être la préoccupation principale de toute installation d’atelier de toilettage (avant même l’organisation des baignoires !).
Savez-vous que l’essentiel de la poussière qui se dépose sur les meubles de votre habitation ne provient pas, comme nous le croyons, de l’air extérieur, mais… des cellules kératinisées mortes éliminées chaque jour, en permanence par… les propres habitants de cette habitation ?
Ce qui est vrai pour les habitations l’est tout autant pour un salon de toilettage, multiplié par un facteur sans doute plus proche de dix mille que de mille ! Cette poussière de kératine morte, résultat de brossages, démêlages, épilations, coupes, tontes, ou de la seule présence même de nombreux animaux quotidiennement, envahit chaque jour, un peu plus, irrémédiablement, l’espace, ce qui se reconnaît immédiatement à une odeur très particulière de cette kératine ; avec cependant un petit problème : les personnes qui vivent au contact permanent de cette poussière finissent par devenir insensibles à cette odeur ; ce qui n’est pas du tout le cas des visiteurs et de la clientèle, qui sont à l’évidence incommodés. A juste titre, car l’odeur n’est que la face apparente d’une nuisance réelle : la poussière de kératine est une agression pour bronches et poumons.
Le seul remède est donc l’élimination quotidienne et permanente.
Plusieurs moyens peuvent être utilisés ; le premier passe par l’hygiène et l’usage déterminé de l’aspirateur ; mais attention, l’aspirateur est hypocrite : il retient ce qui se voit, mais laisse passer les poussières les plus fines, comme par hasard les plus pernicieuses. La seule solution est donc que la sortie de l’air de l’aspirateur ne soit pas dans le local, mais à l’extérieur de ce dernier : les installations dites « d’aspiration intégrée » sont donc, dans nos métiers, tout particulièrement bienvenues ! Un gros aspirateur, installé à l’extérieur de lieu de production est relié à des bouches d’aspirations réparties dans le lieu de production ; cette solution, chaque fois qu’elle est possible, doit être absolument privilégiée ; notons en passant qu’elle offre en outre une réduction considérable du bruit de l’aspiration elle-même !
Un autre moyen, à mettre en œuvre de toutes façons, est une aération réellement efficace du local, c’est-à-dire une aération forcée – il est absolument illusoire de compter sur les effets de quelque ventilation naturelle que ce soit.
Les spécialistes vous disent qu’une ventilation passe par une installation d’extraction de l’air vicié et une autre de soufflage d’air neuf ; c’est en effet l’idéal ; mais quand ce n’est pas possible, et s’il faut choisir entre extraction et soufflage, il faut absolument choisir l’extraction, qui donne, l’expérience le démontre, d’excellents résultats, même employée seule ; attention, on ne peut parler réellement d’extraction que si le ou les extracteurs mis en place ont une capacité suffisante pour extraire la totalité de l’air du local au moins trois fois par heure, c’est-à-dire en vingt minutes au plus ; en dessous de cette limite, l’utilité d’une extraction tombe à rien, presque immédiatement.
Questions d’airs… de travail
Puisque nous en sommes à l’air, abordons la question des airs utilisés pour le séchage des animaux ; les toiletteurs sont amenés à utiliser deux sortes d’air, de l’air à basse pression, et de l’air à (plus ou moins) haute pression. Les appareils produisant l’air à basse pression sont appelés séchoirs, on parle de pulseurs et d’aspirateurs pour les autres.
Une difficulté vient de ce que les toiletteurs eux-mêmes ne comprennent pas toujours bien la différence entre ces deux types d’air : l’air à haute pression chasse l’eau du pelage de manière mécanique, comme le ferait une serviette, mais seul l’air du séchoir permet de travailler par évaporation, ce qui est indispensable pour créer le phénomène généralement désigné sous le nom de brushing. Si bien qu’on ne peut pas plus réussir réellement un brushing avec l’air d’un pulseur, qu’on ne le pourrait avec une serviette.
Aujourd’hui, de nombreux professionnels savent travailler en combinant l’utilisation des airs, méthodes abondamment décrites dans les manuels. Ce qu’il faut retenir à ce stade, c’est que l’atelier de toilettage moderne doit disposer d’appareils différents permettant de disposer en même temps de ces airs différents.
Les bains
En quelques mots, disons qu’une baignoire pour chiens devrait respecter certaines caractéristiques : le fond doit être plat, et surtout non glissant, l’animal doit pouvoir y être maintenu par une contention réellement efficace, la hauteur du fond de la baignoire et celle de ses côtés doivent être calculées pour ménager autant qu’il sera possible le dos des toiletteurs.
Il est raisonnable de prévoir des installations différentes pour tenir compte des tailles différentes des animaux traités.
Les matériaux utilisés peuvent être le béton ou le ciment, ou mieux encore, l’acier inoxydable.
Il faut accorder un soin tout particulier au système d’évacuation, qui aura avantage à se voir protégé par un filtre régulièrement nettoyé ; mais quoiqu’on on y fasse, la seule manière de protéger les tuyaux d’évacuation sur le long terme sera d’y injecter régulièrement, toutes les semaines ou au moins tous les mois, des produits appropriés.
A noter qu’il est préférable, quand c’est possible et quand ils sont visibles de d’utiliser pour ces tuyaux un matériau transparent ; par parenthèse, les tuyaux d’aspiration visibles d’une aspiration intégrée dans un atelier de toilettage, devraient toujours être translucides, pour des raisons que chacune devine…
Le salon de toilettage, de l’hygiène à l’esthétique
Un atelier de toilettage doit être pensé pour que l’entretien en soit le plus facile possible. La réglementation dispose qu’en principe les sols soient en pente douce vers un regard d’évacuation ; c’est sans doute la pire des dispositions, ce regard étant à l’évidence un lieu idéal pour toutes les pollutions ; au contraire, on préfèrera récupérer immédiatement les eaux de nettoyage par des aspirateurs à eau ; se souvenir des effets bactéricides et surtout fongicides de la vapeur d’eau sous pression : combinée avec une récupération par aspiration de l’eau déposée, elle se révèle un moyen de nettoyage particulièrement performant.
Des appareils combinant usage de la vapeur et aspiration sont désormais disponibles sur le marché, à des prix relativement accessibles, et même s’ils restent relativement fragiles, leur usage ne peut qu’être recommandé.
Le petit matériel de toilettage
Nous n’entendons pas entrer, dans le cadre de cette présentation globale, dans le détail du matériel de toilettage ; disons seulement que la première qualité d’une table de toilettage est d’être adaptée au poids des animaux pour lesquels elle sera utilisée : elle ne doit pas pouvoir tomber !
Donnons seulement quelques indications sur les moyens de contention. Un salon de toilettage ne doit jamais utiliser les laisses de la clientèle, mais ses propres laisses, de préférence repérées par des numéros. Une laisse doit être solide, facile à mettre et à enlever, et elle doit comporter des dispositifs de sécurité du type émerillon, pour limiter les risques d’étranglements.
Se souvenir que le cuir mouillé et plus encore le tissus sont fortement coupants et peuvent blesser ou brûler les animaux : paradoxalement peut-être, le plastic ou le métal sont plus inoffensifs.
Enfin, ne jamais oublier qu’un animal de doit jamais pouvoir s’échapper d’un atelier de toilettage : comme une partie des animaux n’auront tout au long de leur séjour que cette idée, toute l’organisation doit être pensée pour rendre les fuites quasi impossibles ; le minimum est d’appliquer la règle dite de « double sécurité » : mettre toujours au moins deux obstacles, et non un seul à toute tentative de fuite (par exemple, une laisse ET une porte).
