La grande erreur journalistique

Sans doute parce qu’ils achètent depuis vingt cinq ans la même étude complètement désuète de l’agence France presse, ou peut-être parce qu’encore plus simplement, ils se contentent de se recopier les uns les autres, les journalistes, chaque fois qu’ils abordent le sujet, entonne la même rengaine : celui de la France, numéro un pour son taux de possession en animaux de compagnie !

Le seul reproche que l’on puisse faire à cette rengaine est qu’elle en devient ridicule à force d’être fausse ; qui voyage un peu note d’abord que la plupart de pays développés croient, sans doute sincèrement, être « numéro un » dans ce domaine, et de beaucoup ! Ensuite, on constate que les chiffres, s’ils ne permettent pas toujours de départager les premiers de la classe, retirent en tous cas, et de la manière la plus définitive, toute chance à la France de quelque figuration dans ce domaine. Pensons par exemple à l’Australie, où l’on dit que les chats sont aussi nombreux que les humains… un pour un, il ne nous faudrait pas moins de… soixante millions de représentants félins pour faire un peu bonne figure… soit en gros…. huit fois plus que tout ce que nous sommes en mesure d’aligner !

C’est vrai qu’on ne va pas en Australie tous les jours, et revenons à des pays moins lointains : toutes les statistiques convergent pour montrer que l’on compte au moins un chien américain pour quatre américains et demi, soit, grossièrement, plus du double de notre situation…

Voilà pour les animaux, qu’en est-il des professionnels ? Nous avons ergoté ci-avant sur le nombre de salons de toilettage, et noté que certains s’inquiétaient de surnombre : mais sait-on que pour avoir en France la même densité d’entreprises de toilettage qu’aux Etats-Unis, il nous en faudrait pas moins de… neuf mille !

Et nous ne parlons que de toilettage, « stricto sensu » ; nous n’abordons même pas le chapitre « handler », au moins un millier aux Etats-Unis, une (très) petite poignée chez nous !

Mais il n’est même pas besoin d’aller si loin : Bruxelles est à deux heures de Paris ; mais sait-on qu’il y a plus de salons de toilettage à Bruxelles qu’à… Paris ? Avec une différence cruelle en faveur des salons Bruxellois ! Ils sont aussi plus grands, avec une offre marchande plus importante, et manifestement des clients… plus nombreux !

Force est de s’en rendre compte, la saturation du marché français n’est pas réellement d’actualité !

La ceinture pacifique

Pendant longtemps, les américains ont rayonné, seuls, sur le monde de l’animal de compagnie, en général, sur celui du chien en particulier. En bien ou en plus discutable, là n’est pas le sujet, tout ce qui s’est inventé de nouveau s’est inventé chez eux. Le monde entier, chacun à sa façon, allait là-bas prendre des leçons.

Nous. Mais aussi les Japonais, les premiers. Puis les Coréens. Puis les Thaïlandais. Puis les Chinois, d’abord Taiwan, puis toute la Chine Continentale (ou tout au moins la Chine littorale).

Le problème est que les asiatiques n’apprennent pas pour imiter, mais pour dépasser ; si bien qu’aujourd’hui, une vision optimiste est de dire que tout ce qui se passe de nouveau dans le monde de l’animal de compagnie, et notamment du chat et du chien se situe autour de la ceinture pacifique, Californie américaine d’un côté, Asie Pacifique de l’autre. Il n’est pas impossible qu’une vision plus réaliste conduise même à oublier la Californie, c’est-à-dire toute la partie est de la ceinture pacifique…

Du toilettage à l’esthétique

C’est que partout dans le monde, les comportements vis-à-vis de l’animal de compagnie changent, chez nous y compris ; les notions de nécessité d’hygiène se généralisent. Le concept même d’hygiène se modifie ; oubliez les notions de « propreté » ou de « bonne odeur », cela c’est le trop évident, le dépassé.

L’hygiène devient beaucoup plus que cela ; elle vise au bien être physique, et plus encore, moral ou mental de l’animal. Elle englobe tous les canaux : le toilettage, mais aussi l’alimentation, l’éducation, le jeu, les loisirs, tout ce que vous voudrez, y compris… les soins !

Cela est vrai partout dans le monde, y compris (un peu) chez nous, mais nulle part cela n’est aussi vrai qu’en… Asie !

Si vous voulez comprendre ce que sont les soins pour les animaux de compagnie, offrez-vous un voyage en Asie ! Mais gardez votre ceinture attachée, au moins au figuré, car ce que vous allez voir risque de drôlement vous surprendre.

Il existe encore chez nous quelques ânes pour croire, par exemple, que les chinois n’aiment les chiens qu’en… brochettes ! En réalité, les chinois ont cessé de manger les chiens depuis… à peu près aussi longtemps que nous, c’est-à-dire depuis la seconde guerre mondiale ! (Et oui, on mangeait du chien, à Paris, jusqu’à cette époque !) Et vous pourrez rencontrer des chinois, aussi ignorants que nous le sommes, qui pensent que nous les mangeons toujours ! La réalité est que les Chinois, comme d’autres pays asiatiques ont des chiens de compagnie, beaucoup de chiens, qu’ils les adorent et qu’ils s’en occupent de manière extraordinaire ! La réalité, c’est que les salons de toilettage sont très nombreux en Chine (dans les grandes villes bien sûr), beaucoup plus nombreux que chez nous ; qu’il s’agit d’entreprises impressionnantes, pouvant comporter jusqu’à plusieurs dizaines de salariés ! La réalité est que les chiens, fort nombreux, sont menés par leurs maîtres dans les salons de toilettage dans un état assez voisin de celui des nôtres, quand… ils en sortent ! Mais que fait-on alors à ces chiens ? Des soins, on leur prodigue des soins ! Bains moussants, bains d’algues, bains de boue, massages en tous genres, balnéothérapie, aromathérapie, tout ce que vous n’auriez pas osé imaginé est là-bas le quotidien canin du plus banal.

Les tarifs ? Tous comptes faits, assez élevés ! Et même franchement élevés, si on les ramène au salaire moyen chinois ! Mais l’essentiel n’est peut-être pas là ! L’essentiel est que le panneau indiquant les prix des actes de toilettage comparables à ce qui se pratique chez nous est, au mieux, d’une surface égale à celui… du panneau indiquant les prix des soins !

Incontestablement, l’activité « soins », dont on conviendra qu’elle est au mieux embryonnaire chez nous, est essentielle en Asie ! Naïfs européens, inutile de penser aller en Asie pour y donner des leçons, les leçons, vous ne les donnerez pas, vous les recevrez !

Les soins, jusqu’où ? Disons-le tel quel : oui, teintures des pelages, respectueuses ou non du naturel, teintures des ongles…

Salon de Toilettage à Shangaï
Salon de Toilettage à Shangaï

Bien sûr, il est facile d’ironiser, de se moquer ; d’invoquer le « naturel » et de dénoncer les « excès » ; le problème (nous allons expliquer pourquoi un peu plus loin) est que ce genre de question n’intéresse même pas les asiatiques ; ce qui intéresse les asiatiques, c’est de savoir si leurs chiens sont heureux ; vous me direz qu’un chien dont on lime et teint les ongles ne peut pas être heureux. C’est votre avis ; mais compte-t-il ? En tous cas plus que celui des chiens eux-mêmes ? Que pensent les chiens asiatiques des soins qu’on leur prodigue ? Ils ont l’air ravi : sur leurs tables de toilettage, en général même pas attachés, ils subissent avec délectation ou attendent paisiblement. Mais est-ce que j’ai envie d’un chien asiatique ? Franchement, pourquoi pas ? Croyez-le, ils sont en général tellement bien élevés !

Sur un mode plus sérieux, retenons qu’à ce stade, on ne parle plus d’hygiène, mais bien d’esthétique. Mais attention, cette dernière expression est elle-même à manipuler avec les plus grandes précautions, car elle est en réalité source d’un réel malentendu entre asiatiques et occidentaux ; c’est que chez nous, utilisée dans le cadre de l’animal en tous cas, esthétique est compris dans un sens réducteur : recherche d’une certaine apparence de beauté, sans souci d’aller au-delà, avec parfois, une connotation plus ou moins négative : de l’esthétique au maquillage, la distance n’est pas très longue, avec ce qu’elle sous-entend de plus ou moins factice ou artificiel.

Extrait de l'affichage du tarif soins, ici le Spa
Extrait de l’affichage du tarif soins, ici le « Spa »

Nous perdons ainsi de vue le sens premier du mot : discipline philosophique ayant pour objet la compréhension et la recherche du beau, et des émotions qu’il fait naître dans l’âme humaine.

La difficulté vient de ce que les asiatiques, les chinois en tous cas, vont encore plus loin, leur culture restant imprégnée de la conception même que Confucius (il y a tout de même 2500 ans) avait de l’esthétique : un moyen d’élever l’âme et d’atteindre à la vertu !

Les occidentaux n’en ont pas conscience, mais quand ils parlent d’esthétique appliquée à l’animal avec des asiatiques, ils ne parlent tout simplement pas de la même chose. Et qui ne fait l’effort de comprendre la perception de la beauté animale par les asiatiques n’a aucune chance de saisir comment les asiatiques perçoivent ces animaux eux-mêmes.

Suite : le Toilettage en Perspectives

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