Le péché originel du toilettage français

Le toilettage français trouve ses origines profondes dans la nécessité de tondre les caniches, chien autrefois fort populaire chez nous. Cette origine est une sorte de « péché originel », spécifique à notre pays ; il a en effet pour conséquence que, chez nous, les professionnels comme le public ont de la peine à concevoir le toilettage en dehors d’une modification de la longueur d’un pelage, en principe par tonte ou coupe, à la rigueur par épilation.

Presque partout ailleurs, le toilettage est issu d’un souci d’hygiène ; le chien d’utilité quand il devient de compagnie, passe du même coup de la niche dans un jardin à un tapis dans la maison : il ne peut à l’évidence s’agir du même animal, et ce qui était naturel au jardin devient vite insupportable à domicile : pertes pileuses intempestives, traces diverses de terre, odeurs fauves plus ou moins agressives… De la niche à la corbeille se dessine une étape presque incontournable, celle du bain ! Le bain, donc, voilà le pain quotidien des toiletteurs presque partout dans le monde ! Mais payer pour un simple bain, on dirait que le français ne s’y résigne pas ; à la vérité, on ne peut que le comprendre : c’est que les bains, en France, sont facturés chèrement, comparativement beaucoup plus que dans d’autres pays ; c’est que le toiletteur français n’ose pas facturer à son juste prix son travail de coupe ou de tonte ; mais comme il faut bien qu’un certain équilibre s’établisse, il facture aux bains ce qu’il finance aux coupes, et… les bains sont trop chers, et donc finalement, assez rares !

Un marché de l’hygiène chez nous presque vierge ; il tente parfois certains vétérinaires ; mais des questions réglementaires restent d’une résolution délicate ; d’autres voies détournées sont explorées ici ou là, avec plus ou moins de succès, comme les « laveries » pour chiens : on met à la disposition des propriétaires équipements et produits, et on les laisse se « débrouiller » plus ou moins comme ils peuvent.

Vieux métier, nouvelles manières

Le problème n’est pas seulement que les toiletteurs français laissent ainsi passer une part importante de chiffre d’affaire ; le problème est que la transition naturelle qui conduit de l’hygiène par les bains, à l’hygiène par les soins, tels que nous les avons décrits, ne peut donc pas exister ; ce dernier objectif n’en sera que plus difficile à atteindre !

Il passera peut-être par une sorte de « révolution culturelle » des professionnels, qui devront finir par comprendre que l’hygiène n’est pas un accident de parcours, en général confié au moins expérimenté de l’équipe, mais bien le but ultime de l’activité de l’entreprise !

C’est que du bain au soins (non vétérinaires, bien sûr), la transition est quasi naturelle : il suffira de savoir la proposer !

Quels soins ? Ce qui se fait en Asie ne peut être transposé à l’identique chez nous : les soins « asiatiques » devront à tout le moins trouver leur traduction européenne, sinon française ; mais plusieurs études montrent qu’un certain public est maintenant disponible pour certains nouveaux services ; envisagés seuls, de tels services ont peu de chance d’atteindre prochainement un quelconque équilibre économique ; mais « traités » en tant qu’activités complémentaires d’une offre de toilettage, ces perspectives économiques deviennent beaucoup plus enthousiasmantes !

A titre d’exemple, voici quelques exemples de ce qui pourrait être proposé (et qui est déjà proposé par certaines entreprises) :

  • soins de balnéothérapie : des bains, donnés à l’aide de produits appropriés exercent des effets bénéfiques spécifiques sur peaux et pelages, mais aussi, dans une certaine mesure, sur le psychisme de l’animal ;
  • aromathérapie : certains produits, ajoutés aux bains, sont en mesure d’apaiser de réduire certains formes d’angoisse, ou d’hyper activité ;
  • bains de boue : ils permettent une réhydratation de la peau et du pelage, et là encore, exercent sur le psychisme des effets de détente ;
  • teintures ; expliquons ! Notre culture se refuse, et sans doute avec sagesse à teindre en rose ou en bleu quelque chien que ce soit ; mais s’il s’agit de raviver une fourrure un peu vieillie, de lui redonner une allure naturelle de jeunesse, c’est autre chose : c’est une expérience facile à faire : un chien « rajeuni » adopte un comportement également « rajeuni » et semble se porter mieux ; après tous nos chiens sont ce que nous sommes, des être vivants, qui se définissent pour beaucoup du regard que l’on porte sur eux !
  • massages : ils peuvent être proposés en complément d’un bain ; les techniques varient, les objectifs restent les mêmes : apporter détente et confort à l’animal. (Bien attendu, les massages proposés n’ont pas d’objectifs thérapeutiques, c’est l’évidence même.)
  • soins aux coussinets, aux ongles : les coussinets, ce sont en fait des soins souvent nécessaires, que beaucoup de toiletteurs apportent déjà ; les ongles… à chacun son point de vue, mais ce qui reste certain, c’est que tels soins réclament une habileté manuelle certaine…

Bien entendu, on s’égarerait à prendre le risque de proposer ou de pratiquer de tels soins, sans avoir suivi et fait suivre à son personnel une formation spécifique, mais est-il réellement utile de le préciser ?

Nouveaux services, nouveaux métiers : inventer son activité professionnelle

Les toiletteurs des dernières décennies ont su dépasser le stade de la tonte : d’une certaine façon, ils ont « inventé » leur métier, ou en tous cas, une certaine manière de l’exercer.

Les toiletteurs de demain sont appelés à une démarche du même ordre, ils devront « inventer » le toilettage des années prochaines.

En fait, ils chercheront, comme l’ont fait leurs aînés à répondre à de nouvelles attentes de la clientèle. Ce qui les conduira, dans certains cas, à inventer de nouvelles manières d’exercer nos métiers, comme certains le font déjà. A titre d’illustration, citons deux exemples :

Le toilettage « à domicile »

Quand le client ne peut se rendre au salon de toilettage, ce peut être au toiletteur de se rendre chez le client !

Certes, ce n’est pas une solution « facile » : le toiletteur ne peut travailler sans un minimum d’équipement, qu’il lui faut donc emmener avec lui ! Le chien, qui se sent « chez lui », est souvent plus difficile à dominer. Les « conditions de travail » peuvent se révéler parfois relativement inconfortables…

Mais avec un peu d’imagination et beaucoup d’organisation, rien là qui soit réellement insurmontable !

Et puis c’est vrai, voilà bien un moyen original de satisfaire une clientèle, qui ne nécessite pas réellement d’investissements considérables…

Le toilettage itinérant

Si vous vous promenez à Sidney ou dans sa banlieue, il est assez vraisemblable que vous rencontriez d’étranges camionnettes, sur les côtés desquelles vous pourrez lire cette étrange inscription : « Ca sent bon, où l’on vous rembourse ! »

C’est qu’il s’agit ni plus ni moins que d’une « chaîne » de salons de toilettage, mais de salons de toilettage d’un genre particulier, puisque montés « sur roues » ; une démarche intermédiaire entre le salon classique et le toilettage à domicile ! On ne va pas chez le client, mais on se rend près de chez lui, avec un camion équipé en… salon de toilettage ! Un moyen particulièrement astucieux d’élargir sa zone de chalandise !

Bien entendu, l’investissement est ici sans commune mesure avec le précédent ; mais il permet par contre de travailler dans des conditions presque classiques, ce qui n’est pas négligeable ! Une activité complémentaire de vente d’articles ou de nourriture devient même envisageable !

Toilettage et commercialisation

La réussite de l’entreprise toilettage passe, c’est l’évidence par le savoir-faire de ses toiletteurs. Cependant, il ne faut pas se le déguiser, ce n’est là que l’un des paramètres à déterminer de la réussite de l’entreprise.

Comptent au moins autant l’organisation de la commercialisation et la stratégie marketing. Ceci est d’autant plus vrai que les moyens techniques modernes mettent à la disposition de chacun (et donc de la concurrence) des outils et des moyens suffisants pour disqualifier quiconque prétendrait pouvoir négliger leur utilisation.

Vers une organisation dynamique de la commercialisation

L’informatisation du point de vente et un minimum d’organisation mettent désormais à la portée de la plus petite entreprise artisanale, le mailing, le « e-mailing », mais aussi le courrier personnalisé…

Rien ne s’oublie plus vite qu’un rendez-vous, chacun le sait ; hier, l’entreprise bien organisée confirmait la veille les rendez-vous du lendemain, par téléphone ; mais cela coûtait relativement cher en temps, avec un résultat souvent médiocre, les interlocuteurs se révélant parfois difficiles à joindre ; aujourd’hui, confirmer les rendez-vous par courriel ou par SMS, ce peut être l’affaire de quelques « clics » ! Mais calcule-t-on la performance économique, si l’on « sauve » ainsi, ne serait-ce qu’un seul rendez-vous chaque jour !

La seule limite aux progrès dans ce domaine est… l’imagination des acteurs !

Vers une organisation marketing de la commercialisation : le concept « d’offre globale »

Pour une entreprise de services, il existe une manière rapide de déterminer sa politique de prix : après avoir rassemblé les informations de la concurrence, établir un tarif qui se situe quelques euros en dessous d’elle.

Mais c’est aussi une manière particulièrement dangereuse de faire, car si l’analyse n’est pas complétée par celle du prix de revient réel (salaires compris) de l’heure de production de l’entreprise, rien ne prouve que ce tarif minoré ne finisse par se situer en dessous de ce prix de revient !

L’observation et l’analyse de la concurrence restent de bonnes bases de départ, mais à condition d’être élargies à « l’offre globale » de cette concurrence : quel prix, oui, mais quelle offre globale pour ce prix ?

L’offre globale ? On peut la décomposer en :

  • « offre technique » (les produits, l’utilisation d’une eau de qualité, la pratique de deux shampooings…)
  • « offre commerciale » (du type : en échange d’un prélèvement forfaitaire mensuel, vous disposez d’un « droit » d’utilisation du salon à volonté – exemple qui n’est donné qu’à titre d’illustration du propos)
  • « offre services » (en tant que client abonné, vous pouvez donner votre chien en garde à l’entreprise, le temps de faire vos courses, par exemple, ou vous pouvez faire « recoiffer » votre compagnon entre ses toilettages)
  • « offre image » (rôle des concours, des expositions, création d’une clientèle VIP…)

Le marketing de l’offre globale permet à Apple de vendre avec succès l’Ipod qui n’est ni le meilleur, ni le moins cher du marché : on devine quelles perspectives il offre aux entreprises de toilettage qui font preuve de détermination dans ce domaine !

Quelques conseils au futur toiletteur !

Vous êtes attiré par un métier merveilleux, qui apporte à ceux qui le pratiquent avec sérieux les plus grandes satisfactions !

De plus votre rêve est raisonnable : les bons professionnels en toilettage sont recherchés !

Il n’en reste pas moins que pour vous assurer les meilleures chances de succès, vous devrez respecter les quelques recommandations suivantes :

  • Gardez-vous de n’être qu’un toiletteur, devenez un vrai cynotechnicien, abordez toutes nos disciplines ! Mieux, élargissez vos investigations en direction de l’animalerie !
  • Soignez votre formation commerciale, et si vous voulez diriger un jour une entreprise, ayez une culture complète de la direction d’entreprise, du type par exemple de celle définie par le référentiel de la certification professionnelle « responsable de salon de toilettage » : établi à partir des travaux des organisations professionnelles PRESTANIMALIA et PRODAF, ce programme reprend par le détail l’ensemble du champ de connaissances et de savoir-faire spécifiques à nos métiers.
  • Accordez une grande attention à votre formation professionnelle : assurez-vous, avant de choisir votre formateur, qu’il sera en mesure de vous former réellement et complètement, en particulier dans les domaines de l’ergonomie, de la zoocosmétologie ou des nouvelles technologies ! Ne perdez pas de temps ! Un geste mal appris est très difficile à corriger plus tard et risque de compromettre sérieusement votre réussite professionnelle !
  • Fréquentez assidûment les expositions canines et félines : elles formeront votre goût et vous permettront de « vivre » diverses évolutions ! Mieux ! Ayez vous même des sujets d’exposition, et apprenez à les présenter !
  • Enfin sachez qu’est introduite en 2010 une classe « toilettage » au concours du Meilleur Ouvrier de France (confiée à l’organisation professionnelle PRESTANIMALIA et à l’organisme AUDRECO FORMATION) : il sera sans doute du meilleur profit pour vous de vous intéresser aux travaux des candidats !
  • Les techniques de notre métier sont en constante évolution : ne considérez jamais votre formation comme achevée, continuez votre formation tout au long de votre vie professionnelle !

Suite : Toilettage et Commercialisation

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